Le retour de la gauche 

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2020 sera l’année du retour de la gauche !... En tout cas les conditions sont réunies.

1/ Le retour du social

Grâce à l’offensive libérale d’Emmanuel Macron, avec deux réformes symboliques (la réforme de l’allocation chômage et la réforme des retraites) la question sociale est de retour.  

Non qu’il n’y ait pas ou plus de question sociale, même si nous avons assisté à sa métamorphose avec la révolution immatérielle, elle était là, rougeoyante sous les braises, mais peu visible. Le paysage idéologique était entièrement dominé par la question nationale, l’adaptation au modèle anglo-saxon, les déficits et la question climatique. La question sociale fut remise à l’agenda par les gilets jaunes. La forme de ce mouvement, sa violence, son refus de la politisation et son caractère fruste, n'occulta pas le fond de la question .« la sociale » était de retour.

Et c’est Emmanuel Macron, par son entêtement à la réforme libérale, sûr de la toute-puissance de son exécutif, qui en fit le centre du débat avec le traitement des chômeurs et des retraites. 

Cette remise au goût du jour du social ne fait pas disparaître les autres questions. Mais les priorités dans les préoccupations sont de nos jours majeures. On se souvient en 2002 de la question de la sécurité, stimulée dans la dernière ligne droite électorale par une série de faits divers dramatiques. 

Comme les affaires de Nicolas Sarkozy qui propulseront Alain Juppé dans les sondages. Il fut pourtant condamné en son temps, inéligible pour détournement de fonds publics ou encore celles de François Fillon provoquant le vote utile pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. 

Aujourd’hui, et vu le calendrier, pour plusieurs semaines la question des retraites va occuper le devant de la scène.

Le mois de janvier jusqu' au conseil des ministres, et même avec l’urgence, le débat parlementaire va prendre plusieurs mois ....

2/ Des élections sous le sceau du rejet du macronisme 

Dans une époque où toutes les représentations sont contestées, le rejet du Macronisme est maintenant enkysté dans l’opinion.  

La combinaison du rejet et de la question sociale vont servir provisoirement la gauche rose, rouge, vert aux élections municipales.

Les maires sortant, de gauche comme de droite, sont devenus les hérauts, voire les héros de l’anti-macronisme. Ils seront le vecteur d’un vote refuge.   

Les macronistes vont au premier tour subir une lourde défaite ; le vote sanction sera fort. Et la droite, déjà puissante dans les municipalités, votera pour la droite sortante et pas pour l’offre de substitution macroniste. Le tour de passepasse des dernières élections européennes ne fonctionnera pas. Le dégagisme n’est plus de mise. Et le vote de barrage n’aura pas la même pertinence.

Le fait que LREM soutienne à tour de bras des diverses droites ne cachera pas leur défaite.

Il y a une autre raison à cette déroute annoncée : l’effondrement politique de LREM. 

LREM fut fondée après la victoire présidentielle avec comme logique un progressisme libéral vertébré par un « techno-bonapartisme ».

L’ambivalence du projet politique, une révolution qui serait un nouveau chemin dépassant le clivage gauche-droite, s’est avérée être une adaptation, à marche forcée, au modèle anglo-saxon. 

Ce télescopage a produit une crise majeure chez LREM et entre le parti du président et l’opinion.

L’hémorragie des militants est visible dans le dernier vote interne pour la modification des statuts : 17 000 votants sur plus de 400 000 adhérents.  

Je n’ose imaginer les titres des quotidiens si cela était arrivé au PS sous l’ère François Hollande. 

Les parlementaires sont réduits au rôle de passe plat présidentiel et s’en plaignent. Les défections se multiplient ; la base parlementaire devient de plus en plus hors sol et est attaquée de toute part. Rares sont les députés qui font la tournée des marchés. 

Et la petite base municipale, elle, se rebelle dans quasiment toutes les villes. Partout ce n’est que dissidences ou critiques, face aux décisions de Paris.

Le macronisme triomphant était un verrou au renouveau électoral de la gauche, il fond sous l’impact des questions nationales, climatiques et maintenant sociales. 

Emmanuel Macron, protégé par les institutions, est maintenu. Il tient dans l’opinion sur une tête d’épingle. Ses alliés sont marginalisés ou s’en sont allés. 

Le roi est nu ! Quand à la nature de son action, elle s’est réduite à une deuxième droite. 

 3/ Jean-Luc Mélenchon a perdu le monopole  

Jean Luc Mélenchon avec son beau score à la présidentielle était le second verrou pour la gauche. Il cumulait le monopole de la contestation à gauche et de la représentation de celle-ci. 

Il suffit de comparer l’attitude de la France insoumise lors du mouvement sur les ordonnances se substituant aux syndicats, et l’attitude lors du mouvement des retraites, respectueuse de la temporalité syndicale.  

Nouvelle aussi, l’absence de critique de la CFDT quand elle s’engage. Nouvelle, la participation à un meeting commun de tous les partis de gauche. Nouvelles les formules se félicitant, non que le peuple, mais que « tous les partis de gauche sont dans la rue ».

Le résultat des Européennes est passé par là. Et Mélenchon de substitutiste devient aile radicale d’une contestation qu’il souhaite unitaire.

Ce changement de ton déverrouille aussi l’espace de la gauche. Une partie de celle-ci s’éloignant d’Emmanuel Macron n’est plus rebutée de revenir dans une gauche « démélenchonisée », pendant qu’une autre réapprend à ne pas voir l'ennemi dans son voisin de palier.  

Évidemment, Jean-Luc Mélenchon ne fera pas alliance aux municipales. Il a spectaculairement rompu l’alliance un peu illusoire à Marseille. Mais sa nouvelle attitude libère la gauche d’une tutelle trop extrémiste pour en être le pivot. 

Dans le même temps, le PCF fait à Jean-Luc Mélenchon ce qu’il fit à Olivier Besancenot dans les années 2008 / 2009. En étant plus unitaire, municipale oblige, il tente de repousser Jean-Luc Mélenchon aux marges. 

Cela n’est pas visible dans le mouvement social vu sa radicalité ; mais aura une visibilité lors des élections.

4/ un retour sans visage  

La gauche réformiste gardera donc son implantation lors des municipales. Les écologistes surperformeront là où les socialistes ne seront pas sortants. On imagine ce qu’aurait été la martingale s’il y avait eu alliance.

La gauche faisait 30 % aux élections européennes. Elle gardera ses bastions aux municipales. Elle écrasera LAREM lors de ces élections.  

Pendant que la droite se recomposera autour de ses maires, le Rassemblement National fera des percées significatives. Et c’est lui qui peut prendre des villes à gauche mais de façon limitée, dans les hauts de France ou dans quelques villes du Sud ou de l’Est. Mais ce n’est pas son élection. Aux régionales cela sera tout autre chose. Gardons cela dans un coin de notre tête. Car le gaucho-lepénisme est une adaptation à la nouvelle donne, pour tenter d’en être le débouché.

C’est tout le paysage français qui va entrer en mouvement dont le seul point solide et fixe restera les lepénistes d’extrême droite.

Le phénomène nouveau en 2020 c’est donc, la manifestation d’un espace : des frontières du macronisme passé à droite, aux frontières du mélenchonisme passé de mode.

Il y a là les conditions d’un retour de la gauche ! Mais d’une gauche sans visage.

Je ne parle pas d’une personnalité, elles sont légions à ruminer une hypothétique présidentielle. L’heure n’est pas encore au « qui ? » mais au « quoi ? ».

Je parle donc d’une offre politique et d’une stratégie pour les Français d’aujourd’hui dans la France d’aujourd’hui.

Une gauche capable de répondre aux défis présents : sociaux, environnementaux, républicains, laïcs, numériques, migratoires, sécuritaires ou tout simplement culturels. Mais surtout, et avant tout libérant la France du joug jacobin, inventant une nouvelle démocratie ou la décision soit au plus près des sujets à trancher. 

Une gauche qui défende l’intégrité humaine dans tous les domaines pour une société décente.

 Bref un nouveau visage indispensable à une nouvelle France.

Si la gauche ratait cette fenêtre de tir qui s’ouvre en 2020, elle partirait en quenouille. Ses divisions l’excluraient des élections majeures et l’absence de propositions audibles la marginaliseraient pour longtemps.  

Et nul ne sait si le rejet d’Emmanuel Macron ne conduira pas la France à un tournant obscur.  

Je connais le pessimisme des uns, le sectarisme des autres, sans oublier le prêt à penser, pourvu que ça soit présent dans le journal.  

Mais je sais aussi que l’action déterminée d’une poignée peut permettre qu’une situation favorable rencontre une volonté. 

Oui, la situation est volatile ;  

Oui, tout est possible.  

Mais oui, il faut oser construire un renouveau. Surtout quand, l’espace d’un moment, les conditions sont réunies.

2020 sera l’année de la gauche. Faisons en sorte qu’elle soit celle d’un cours nouveau. 

Ce sont mes vœux politiques pour 2020.