Le 17 juillet et les données de notre problème

 17 juillet

Dans un climat délétère de lente déstructuration politique, de fracturation, voire de décomposition,   

Dans un moment de transition où tous les éléments stables, obtenus en créant l’état social, sont destabilisés ou obsolètes, 

Dans une époque où les défis sont nouveaux :

Défi Démocratique, avec la rupture que représentent les réseaux sociaux et leur maîtrise par des méta-entreprises ou encore la tentation chinoise, qui allie libre entreprise et monopole du pouvoir,

Défi écolo-numérique, avec le changement radical de beaucoup de ce qui fait le quotidien de l'Humanité, interrogeant nos comportements issus de la nuit des temps : le climat, qui pose le problème de la survie sur la planète, la soutenabilité agricole et industrielle du mode de vie pour des couches moyennes en expansion.

A la jonction entre l'écologie et le numérique, la guerre des matériaux rares nécessaire au nouveau capitalisme et la maîtrise des datas nécessaires à son expansionse modifie le monde devenu apolaire après la chute du mur de Berlin et le bourbier américain au Moyen-Orient, avec comme autre conséquence de décentrer encore un peu plus l'Europe dans les relations internationales.  

Ce nouveau capitalisme immatériel est propulsé par le numérique, qui révolutionne le modèle de production. L'extension du marché qui, après s'être unifié sur le plan géographique, mute pour renouveler les modes de consommation, de communication, de rapport à la santé, du divertissement mais aussi l'imaginaire et la conscience humaine.

Dans ces nouveaux temps modernes donc, nous sommes entrés dans LA grande transformation. C’est le nouvel âge du capitalisme et des crises conjointes qui appellent des habits neufs de la gauche, ces révolutions et évolutions fragmentent les groupes sociaux et, par voie de conséquence, la question sociale.

La particularité du capitalisme immatériel, c’est de favoriser l’individualisme consommateur.

Alors que le capitalisme industriel favorisait, via d’énormes unités de production, la concentration du prolétariat, alors que la dualité entre le capital et le travail structurait tout le champ politique, le nouveau monde mange l’ancien et démantèle ses valeurs, ses principes, ses références. Le règne de l'éphémère, du tout marché, de l’immatériel s’impose. Sans que l’humanité n’ait pu à cette étape, domestiqué, comme ce fut le cas pour le capitalisme industrielle, cette nouvelle donne. La question même de l'Etat social est bousculée par l’extension du domaine de l’économie de l’immatériel. 

L’augmentation exponentielle de la population mondiale pose de nouveaux problèmes au niveau de leur sédentarisation. La hantise du remplacement, du métissage, bousculent les démocraties. Elle offre aux nationalistes, plus ou moins xénophobes, des lendemains qui chantent.

La première donnée de notre problème est donc la définition d’un nouveau progressisme des temps modernes. Car l’ancien, sans être totalement obsolète, n’est plus efficient ou efficace dans le moment présent.  

Il y a ensuite des problèmes strictement politiques. Emmanuel Macron doit sa victoire à une chance insolente. Mais le président fut aussi le vecteur d’un moment de déconstruction politique. Celle-ci n’a pas produit une nouvelle restructuration mais une décomposition, qui finit par toucher la majorité...Benalla, Gilets jaunes, etc. 

C’est une crise du politique, produit du changement d’époque décrit plus haut, mais aussi due à l’épuisement des partis institutionnels et de la 5ème République qui les structure. Une inadaptation des vieux partis aux nouvelles donnes que nous venons d’évoquer, et donc à une crise du résultat. 

Il est donc illusoire de penser que la gauche en général et le PS en particulier reviendront en répondant aux problèmes de notre époque avec le logiciel d’hier.

Une nouvelle gauche est nécessaire, elle a besoin d’un cours nouveau plutôt que d’un recours. Mais on pense encore à gauche dans le cadre ancien. On croit faire l’économie d’un renouveau de la doctrine. C’est un leurre.

Car la division de la gauche et des écologistes en trois tronçons, Écologistes, Socialistes, et Gauche populiste, sans oublier les radicaux, le PC, Génération.s, etc., la condamne. 

Imaginez une présidentielle dans ces conditions. Au mieux, l’addition des gauches et des écologistes priverait Emmanuel Macron de l’apport de l’électorat de gauche. Très bien ! Mais la perspective est donc de ne pas être au second tour et d’appeler à voter Macron. Réjouissant ! Car si ce dernier est concurrencé, ce qui est probable, par une offre crédible chez les Républicains, il sera très bas face à Le Pen. Et comme le report sur Emmanuel Macron n’est pas assuré, vu sa politique et son rapport à l’opinion, la gauche n’aura pas beaucoup de choix. 

C’est la seconde donne, la division de la gauche et des écologistes.

Il est donc nécessaire de travailler à une nouvelle offre et de construire sur cette base une nouvelle union. Nous n’avons pas beaucoup de temps et il ne faut pas se tromper de diagnostic. 

Car la France, amère et revenue de tout, joue dangereusement avec la boîte d’allumettes.