Macron et Le Pen ont déjà perdu

 Marine Macron

J’évoquais, il y a quelques jours, la nécessité de mettre l’européanisation de l’Allemagne au cœur de la campagne de l’élection européenne. J’ai la certitude que l’on va passer à côté.

On va passer à côté de l’enjeu-clé pour l’Europe en se concentrant sur des faux semblants : le match Le Pen-Macron.

Il faut vraiment être débile ou le faire exprès pour croire que se joue là le destin de l’Europe.

L’enjeu français peut-être ? Et encore, un enjeu de cour de récréation. Emmanuel Macron battu par Marine le Pen ? Cela ne changera rien. Emmanuel Macron restera président, la majorité parlementaire restera pléthorique et, Marine le Pen marginale. 

Il y a fort à parier que Marine le Pen l’emporte. Ceci éloignera même la perspective d’une dissolution.  

Et puis, Emmanuel Macron expliquera que ce n’est pas la première fois. Et donc qu’il reste le meilleur rempart. Allez, je fais une concession : ce qui ferait bouger un peu les choses, c’est que monsieur Bellamy rattrape la liste Macron-Juppé-Bayrou-Cohn-Bendit. 

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Emmanuel Macron flatte Nicolas Sarkozy. Si ce dernier ménage la chèvre et le chou, se laisse caresser le dos dans le massif des Glières, il montre le poing sur le manque d’autorité de l’exécutif dans la crise que traverse le pays.

Son ami, Christian Estrosi, hier macrondolâtre, a déjà appelé à voter LR. La chute de Macron dans les sondages accélère les recompositions.

Emmanuel Macron qui aime Sarkozy qui aime Orban qui aime les nationaux-populistes, qui seraient selon Emmanuel Macron infréquentables et aux portes du pouvoir, c’est la ronde d’Arthur Schnitzler, un vrai européen celui-là. 

Terrible comédie, lorsqu’il fallait combattre les nationaux-populistes, on refusait d’en parler pour se maintenir dans le pouvoir. Et maintenant qu’ils se sont installés dans l’espace politique, on les voit déjà aux portes du pouvoir, pour se maintenir encore au pouvoir.  

Mais heureusement, pour cette fois-ci en Europe, les jeux sont faits. Les sondages passés inaperçus en France, et pour cause, sont semaine après semaine, particulièrement édifiants.

Le dernier sondage de l’Institut Kantar est lui, sans appel. Le PPE serait en tête devançant seulement d’une quarantaine de sièges le PSE. Loin derrière, il y a les verts, les Libéraux, encore plus loin les nationalistes et puis l’extrême gauche.  

Emmanuel Macron a donc déjà perdu, envoyé aux pelotes par la CDU allemande.Tête de turc des nationalistes, moins attirant au PSE et chez les Verts, il est isolé en Europe - pas un pays n’a fait mine de répondre même poliment, à ses propositions. Emmanuel Macron combien d’alliés ? Posez-vous donc la question.

Mais après ces élections, il sera ultra-minoritaire au sein du Parlement européen. Soit dans un petit groupe qui ne pèsera rien face au PPE, soit chez les libéraux qui suivront le PPE. 

Même si les conservateurs n’ont pas la majorité, ils auront le choix Sarkozy-Berlusconi et tendre la main à Orban et aux nationalistes. Ils pourraient, tout aussi bien s’allier avec les Libéraux et les Verts. Ou bien même, reconduire l’alliance avec les socialistes. La rupture avec cette ligne que j’avais, avec l’aide de Christine Revault d'Allonnes-Bonnefoy, obtenu dans le PSE. Cette orientation a bien peu de chances de tenir si le PS français est faible. 

Bref, Emmanuel Macron en Europe, qu’il fasse 20 ou 25%, c’est « peanuts ». Je ne parle pas de la France, je parle d’Emmanuel Macron et de la République En marche.

Marine Le Pen ? Même si elle gagne les élections en France, elle sera minoritaire dans un groupe minoritaire. Elle sera minoritaire, dans un espace souverainiste minoritaire, car réduit avec le départ des Britanniques et la défaite annoncée du PIS polonais de Jarosław Kaczyński.

Nos deux vedettes du moment n’ont aucune chance de peser dans le débat européen. Ils ont perdu, si on en croit les sondages. Mais, soit on les croit, soit on ne les croit pas.

Il est vrai que la fragmentation politique en France facilite cette vision des choses. 

Pourtant, le débat est encore une fois, le centre de gravité du PPE et du PSE. Et donc, quelle sera l’alliance au Parlement ?

Le clivage gauche-droite en Europe n’a pas été dynamité. Ni par la martingale macronnienne, ni par les coups de boutoir des nationaux-populistes. 

Ils ont perdu, mais en France tout le monde s’en fout.