Debout la gauche, réveillez-vous !

 image GJ blog du 20 janvier

Mon précédent texte a produit beaucoup de débats et d’interpellations. Je vais tenter de répondre cette semaine et les semaines à venir à ces questions ; 

1 - D’abord, pourquoi avoir ciblé, critiqué et pour tout dire, engueulé la gauche dans mon texte de la semaine dernière ?

Mais réveillez-vous ! La gauche est en train de quitter la scène. Elle est hors-jeu dans la crise des Gilets jaunes. Elle est électoralement au plus bas. Elle est politiquement sans imagination. Elle est frappée d’une terrible lypémanie. Elle est fragmentée à l’extrême.

Cette crise, dont on redoute qu’elle soit finale ou tout du moins engagée pour de très nombreuses années, n’intervient pas dans n’importe quel moment ;

Partout le nationalisme est à l’ouvrage. L’Europe est en crise et les États-nations qui la composent tout autant. 

Partout l’état social est fragilisé par les politiques libérales, par l’ordo-libéralisme européen et par l’incapacité à penser un nouvel État protecteur dans le monde d’aujourd’hui.

La gauche est partout divisée entre les tenants de l’adaptation à la mondialisation et les résistants à celle-ci qui sont impuissants, marginalisés, réduits à l’état de témoignages. Pire, face à la montée des nationaux-populistes, ce sont les forces libérales de droite et du centre qui se présentent comme des remparts. Emmanuel Macron n’est-il pas en train de nous refaire le coup après celui de la présidentielle ? Il applique avec les frontistes du Rassemblement national le concept de Malraux : « entre le général de Gaulle et les communistes il n’y a rien ».

Et l’acharnement à rester seul dans son coin, de dézinguer son voisin de palier, de ressasser les querelles d’hier, sans penser à théoriser l’avenir, ce sectarisme présent partout, où les haines recuites le disputent à l’inconscience de l’état de chacun, cet état entre mélancolie et ressentiment, sont en train de sinistrer la gauche

On est effaré de voir Yannick Jadot qui a soutenu Benoit Hamon, et de quelle façon, contre le PS, refuser aujourd'hui l’alliance avec lui. L’attaquer violemment, alors que le même voulait cofonder Génération.s avec Benoit Hamon il y a 18 mois ! Yannick Jadot et EELV reprochent aux uns et aux autres de ne pas être assez écolos et de vouloir brider le courant écologiste. Et, quand Ségolène Royal, plus socialiste, mais toujours écologiste lui propose la tête de liste, il refuse !!!

Quant à Benoit Hamon, dont les amis siègent dans le groupe socialiste européen, il trouve que ceux-ci sont infréquentablesIl refuse l’alliance avec Raphaël Glucksmann, alors que ses plus proches amis, ceux qui ont théorisé sa campagne, sont dans cette plateforme unifiante. Benoit Hamon, qui a commencé sa campagne sous le drapeau du premier ministre socialiste portugais Antonio Costa, se déclare tout à coup hostile à ce dernier. Au passage, c’est le même Antonio Costa, dirigeant un gouvernement soutenu par le parti communiste et les gauches radicales, qui a proposé Frans Timmermans comme tête de liste des socialistes européens. C’est avec eux que le grec Alexis Tsipras, que les amis de Benoit Hamon ont beaucoup fréquenté, veut s’allier. 

Il préfère faire 2%dans son coin plutôt que faire front commun pour « un contrat social européen », comme le propose Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol. Ce « contrat social européen » sera le thème du PSE, puisque Timmermans l’a accepté.  

Quant au PCF, il faudra qu’il nous explique pourquoi il s’est allié avec Jean-Luc Mélenchon et repousse aujourd'hui Benoit Hamon. Pourquoi encore le groupe communiste multiplie les initiatives pour porter avec les socialistes des textes communs à l'Assemblée nationale.  Et enfin, pourquoi, ils seraient infréquentables ! Et summum de la contradiction, la tête de liste du PCF, refusant toute union, est le très bon Ian Brossat, adjoint d’Anne Hidalgo, dans une équipe de toutes les gauches et des écologistes. 

Quant au Parti socialiste, si en son sein les querelles du passé sont encore présentes, si elles minent toujours cette formation encore dans les cordes, il a eu au moins la sagesse de s’accrocher à l’espoir de l’union, si ténu soit-il.

La gauche court à la catastrophe, elle doit se réveiller, se reformuler, dépasser ses boutiques, et s’unifier, si elle veut défendre et promouvoir ses valeurs ici et maintenant.

2- On m’a aussi beaucoup interpellé sur mon injonction à l’union de la gauche non mélenchoniste ;

Alors, commençons par Jean-Luc Mélenchon.

Le leader de la France insoumise ne veut plus de l’union de la gauche, avec des partis qu’il juge « flancs gardes de l’oligarchie ». Il est à la recherche d’une chimère, l’union du peuple. Certes, parfois le fantôme de Mitterrand et Jospin qu’il a servi le hantent. Alors, il s’offre une bouffée nostalgique « front populaire ». Pour tout de suite revenir à ses amours du moment : le populisme de gauche. 

Cette ligne affaiblit la gauche. Tout autant que ceux qui, à gauche, font de Jean-Luc Mélenchon l’ennemi principal. Le sujet serait plutôt de refonder le clivage gauche-droite sur des positions renouvelées. Car le dépassement de ce clivage, au profit d'un clivage centre contre les populistes des deux rives, stérilise la démocratie française. Nous y reviendrons.

La crise que Jean-Luc Mélenchon traverse, contesté en interne, miné par des exclusions et des départs, laissé sur le bord de la route par les Gilets jaunes, abandonné par le PCF et la CGT, critiqué par l’extrême gauche, moqué par les médias, boudé dans les sondages, annonce une lente décrue. 

Refusant l’union, et en crise, Jean-Luc Mélenchon n’est pas disponible à l’union. Et, honnêtement, à part la critique de la Ve République, si on croit aux programmes,on ne voit pas trop sur quoi on pourrait converger. 

Dans ces conditions, le rôle de la gauche, dite de gouvernement, doit marquer ses différences. 

C'est elle qui doit porter le renouveau et l’alternance. 

Tant que ce pilier ne sera pas reconstitué, il n’y aura pas d’alternative à gauche et pas d’allianceavec qui que ce soit. Pour ce faire, il faut mener de front la bataille pour l’unité et un profond renouvellement idéologique et programmatique. C’est le renouveau qui provoquera l’union et l’union qui stimulera le renouveau programmatique. 

La semaine prochaine je continue à répondre à vos questions.