Bolsonaro ? Derrière les militaires un phénomène planétaire

Le Brésil voit un militaire pro-militaire et son suppléant général pro-torture accéder de manière démocratique au pouvoir. Certes Bolsonaro est d'extrême-droite et son programme est un mélange de l'ultra-libéralisme à la sauce de l'école de Chicago et d'un conservatisme viril assumé.

Derrière le programme et la personnalité de Bolsonaro, il faut voir l'appareil militaro-policier brésilien. On estime que trois ou quatre généraux pourraient faire leur entrée au gouvernement. Ces derniers n'ont jamais accepté la victoire de Lula et l'arrivée au pouvoir du Parti des Travailleurs. Utilisant l'exaspération légitime contre la corruption, la violence, la relégation, la coalition de généraux plus ou moins à la retraite veut un ordre nouveau. Mais cette victoire n'est que l'expression brésilienne du mouvement a-démocratique qui saisit le monde. L'effondrement des courants progressistes, la mutation centriste de la droite classique et de la gauche social-libérale, l'impasse des politiques libérales qui ne produisent ni croissance ni emplois, la précarisation sociale de tous pour l'extrême richesse de quelques uns, l'insécurité de toutes sortes, la crise des résultats... Tout cela produit un mouvement de mise à distance avec la démocratie. Elle est vécue comme hésitante et n'apportant pas l'efficacité nécessaire aux maux qui assaillent les peuples.


Les mouvements national-populistes répondent parfaitement à cette mise à distance de la démocratie. Grâce a la fois de la montée de l'abstentionnisme due à un "aquoibonisme" latent dans une cristallisation populiste très dynamique. La rhétorique est, elle, très efficace : un bouc émissaire, le peuple rédempteur, le refus de la complexité, l'ordre nouveau et bien sûr, la nation essentialisée. Le drame ce n'est pas seulement l'arrivée au pouvoir, mais les conséquences de la gestion populiste pour la société. Les condamnations vont être nombreuses et tant mieux. Y compris de ceux qui disaient il y a encore peu que le peuple avait voté Salvini et qu'il fallait que Bruxelles respecte ce vote. Alors pour le Brésil, on respecte ou l'on condamne ? Laissons cela, c'est secondaire.


Maintenant la question des années à venir est simple : comment construire un nouveau progressisme qui offre un autre chemin aux peuples que ces régimes libéraux dictatoriaux ?