Aveuglements de Jean-François Colosimo - Éditions du cerf 

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J’avais apprécié, écouté, parfois pesté, devant mon écran télé, souvent bloqué à la chaîne Histoire. Comme Radio Classique, j’y trouvais matières à oublier les arcanes infantiles et subalternes des couloirs de feu de Solférino. 

Jean-François Colosimo vient souvent sur cette chaîne, évoquer les religions, les civilisations, et, bien sûr, l’histoire ;  Il ne laisse pas indifférent, par sa connaissance encyclopédique du monde d’hier et d’aujourd'hui. Certes, l'homme est critiqué dans la gauche, enfin pour ceux qui le connaissent car il est le patron de la maison d’éditions du Cerf, pas tout à fait réputée pour son gauchisme. Mais, ce n’est pas Éric Zemmour ou encore Patrick Buisson dont je ne sais s’ils les fréquentent. De toute façon, je lis tout le monde.

Alors, quand est sorti son ouvrage « Aveuglements » précédé d’un prix, je me suis précipité. On ne rentre pas facilement dans cet ouvrage monumental de plus de 500 pages.  

L'idée centrale de ce foisonnement d’idées, de références, d’annotations, de réflexions, de digressions est celle-ci ; l’idée d’une humanité émancipée du fait religieux, réconciliée avec elle-même, autonome, demeure le dernier mythe du progrès. 

C’est une somme où on trouve de tout ; des sentences sur Etienne Balibar, « passer d’une condamnation de la nation, source de racisme, à un désaveu de l’universalisme, source de violence », des analyses sur les historiens de la révolution, guère lues de nos jours, « au match inamovible d’une génération à l’autre, Jaurès contre Daudet, Soboul contre Chaunu a cependant succédé, un temps, la percée de François Furet : ni simple continuité, ni complète coupure, comment qualifier la succession de 1789 et 1793 ». 

Jf Colissimo visite tout va, de l’un à l’autre, comme Camus voulait aller de chaque côté de la Méditerranée, il va avec bonheur. Il ouvre des portes en ferme d’autres, ausculte la terreur et l’imaginaire religieux.  

Il nous dit : « Si le Coran distingue le « Haram » (l’interdit) du « Halal » (le permis), la tradition ultérieure s’attache à en retirer une gradation de l’action dans la sphère du profane - celle sacrée n’étant pas sujette à interprétation. Le licite renvoie ainsi à une réflexion éthique et non pas à la qualification réglementaire d’un produit désigné à la consommation ». Il est très pertinent, sans en rajouter sur Samuel Huntington qu’il critique.  

Et, nous décrit, après Gilles Kepel, Daesch, l’administration de la sauvagerie signe Abou Bakr Naji l’appel à la résistance mondiale d’Abou Moussab Al-Souri et l’émigration au pays du el-Cham de Hussein Ibn Mahmoud. La comparaison avec Lénine pour le premier, Trotski pour le second et la guerre d’Espagne pour le troisième est un peu osée.

Mais, la modernité totalitaire est bien décrite en ajoutant la communication. 

Il est prudent sur l’instrumentalisation du retour du religieux servant surtout à stigmatiser les musulmans, sans être dupe de l’islamisme.  

Et, de conclure cette partie « l’islam changera non pas en se politisant autrement, mais en se théologisant par lui-même. Le problème est qu’en Occident, sur ce point, l’interlocuteur est aux abonnés absents ». 

Même si on ne peut le suivre lorsqu’il écrit « l’aveuglement sur l’essence de la foi chrétienne aura été à la source du grand obscurcissement des lumières. Sur un simple principe : pour hausser l’humanité de Jésus, il faut abaisser la divinité du Christ » il bifurque, comme souvent, et conclut justement « la mode, depuis, ne s’est plus démentie, amplifiée par le retour des gnoses et des sectarismes qui accompagnèrent l’essort du christianisme.  

Ce livre fiévreux et souvent pertinent veut démontrer que le monde est dans le sang, non par excès de théologie, mais par le manque de théologie. La boucle est bouclée ... 

Ce n’est pas du tout notre avis mais l’humanisme qui se dégage de l’ouvrage est bienvenu.