Le Figaro : «Capt’aine Camba», premier de mêlée

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MEILLEUR SOUVENIR - Jean-Christophe Cambadélis raconte comment il a pu démontrer ses talents sur un terrain de rugby et révéler ensuite son sens du leadership au sein du syndicalisme étudiant

«Nous sommes en 1966 à Sarcelles, je suis danseur.» Difficile de se représenter un Jean-Christophe Cambadélis à l’âge de 15 ans dans un justaucorps de ballet. «C’était pour ma mère, elle adorait la danse», confie l’ancien député et premier secrétaire du Parti socialiste. Sous la pression, le jeune homme s’adonne vite à un sport «plus viril”»... le rugby. Mais le mal est fait, il devient la risée du club et ses camarades déjà pubères le surnomment «Nivéa» d’un ton moqueur. Puis surgit la lumière, un jour de match à Nevers, «la ville de circonscription de Mitterrand alors député de la Nièvre, signe du destin?». Il a fallu remplacer le capitaine de l’équipe: «Vas-y, c’est à toi!». Sur le banc de touche, on appelle le jeune Cambadélis. L’opportunité de démontrer ses talents sur le terrain, mais surtout de révéler son sens du leadership malgré l’hostilité des siens. Après la victoire, il devient «capt’aine Camba», raconte-t-il, 54 ans plus tard, les yeux brillants au souvenir de ce premier moment de gloire.

Sur les bagnoles, mégaphone en main

Loin d’imaginer sa future carrière, le jeune athlète est déjà imprégné par la politique - «Je suis tombé dedans quand j’étais petit» -, ébranlé par l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy trois ans plus tôt. Il aura pourtant d’autres occasions impromptues de débarquer sur le terrain, en remplacement. Sur le campus de Nanterre trois ans après l’effervescence de mai 1968, Cambadélis rejoint les jeunesses trotskistes et passe plus de temps à faire de la politique qu’à étudier. «Au grand dam de ma mère», raconte-t-il. Le tout jeune militant n’est pas un timide, «plutôt le genre à monter sur les bagnoles, mégaphone à la main!», confesse-t-il.

Lors d’une assemblée générale en 1972, un camarade de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) lui tend le micro. C’est à son tour de triompher devant deux mille étudiants «survoltés et railleurs» de «l’amphi des luttes», enivrés par sa première prise de parole. «Depuis, on m’a confié le micro plus souvent» se souvient l’ancien militant avec fierté. Il devient vite le président du syndicat étudiant, et croise ses futurs acolytes du PS: Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, Jean-Luc Mélenchon… puis François Mitterrand.

Discours à la Bastille

Cette rencontre à l’ancien siège du PS rue Solférino un matin d’automne 1980, en plein pendant la campagne pour la présidentielle, Jean-Christophe Cambadélis s’en souvient dans les moindres détails. C’est le futur ministre Pierre Bérégovoy qui le reçoit, «amicalement, le cigarillo à la bouche», avant de le pousser vers Mitterrand. «Vas-y, c’est à toi maintenant». Le jeune Cambadélis, cheveux longs, entre alors dans le bureau du premier secrétaire du PS. François Mitterrand s’adresse à lui: «Bonjour, Monsieur le président!» Devant son expression hébétée, le futur président de la République rétorque «Eh bien, vous n’êtes pas président de l’Unef? Ce n’est pas facile d’être président… Regardez, je ne suis que premier secrétaire. Vous verrez, un jour vous serez peut-être à ma place», lance-t-il, énigmatique, à son futur remplaçant.

Aimer rassembler

Six mois plus tard, Mitterrand est élu à l’Élysée et le jeune Cambadélis prononce un discours à la Bastille devant une foule qui l’ovationne, jouissant de l’allégresse collective après la victoire du PS. En coulisses dans la cour de l’hôtel particulier rue Solférino, Cambadélis se souvient de l’arrivée triomphante du nouveau président. «Personne ne l’embrasse ni le touche. Il monte les quelques marches, croise mon regard: “Ah! Vous êtes là!”». Et l’éternel militant étudiant à la tête de l’UNEF de rejoindre les socialistes en 1986. La fougue de la jeunesse communiste a cédé face au réalisme du pouvoir. Cambadélis prend les rennes du PS sous le mandat de François Hollande et critique la stratégie des frondeurs. Pour lui, il n’y a pas de scission fondamentale capable de diviser profondément la gauche. «Tout comme sur le terrain de rugby, j’ai aimé rassembler les gens», conclut le théoricien de la coalition de la gauche plurielle dès 1997, le ton exalté. Il vient de présenter un énième projet d’union de la gauche en juin dernier: «Nouvelle société». Trois ans après avoir quitté la tête du PS, ce leader de la gauche reste sur le banc de touche, prêt à bondir. 

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